LE PÈLERIN


Du même recueil :  rondel de l’adieu  ∣  argument   ∣   les plus beaux vers   ∣   le pèlerin


LE PÈLERIN

Edmond Haraucourt

Le plus parfait amour est fait de solitude,

Et toute sa richesse est dans sa pauvreté :

C’est le Pèlerin blanc qui va sans lassitude

            Dans un manteau de chasteté.

On le plaint ; son exil vaut pourtant mieux qu’un trône,

Car l’œil de son esprit regarde par delà ;

Lorsqu’il a faim d’espoir et qu’il quête une aumône,

            Moins on lui donne, plus il a.

Il marche sous la pluie et s’assied dans la neige,

Réchauffant son cœur pur d’un rêve surhumain,

Et les Elfes soigneux qui lui font un cortège

            Mettent des fleurs à son chemin.

Loin du peuple, il s’endort, le soir, sur la montagne

Pour entendre chanter, entre le monde et Dieu,

Des songes que le chœur des anges accompagne

            Sur des harpes d’or et de feu.

Et lui, le mendiant qui rôdait par les rues,

L’expatrié, devient un mage tout-puissant :

C’est le maître ; il commande aux formes apparues.

            Il appelle et le ciel descend.

Il ordonne aux esprits de remuer la terre,

Et dicte son caprice à l’espace ébloui ;

L’immensité se fait esclave et tributaire

            Du talisman qu’il porte en lui.

Il lève la main droite et parle à son armée :

— « Qu’on dresse un palais d’or incrusté de rubis,

« Et qu’on amène à moi l’unique bien-aimée,

            « Dans la minute où je le dis. »

Et la voici qui passe et qui demande asile :

— « Nous nous sommes tous deux bien longtemps attendu

Et la voici qui vient, languissante et docile.

            Dans un triomphe de vertus.

Elle n’est plus la femme au sourire frivole

Dont l’amour se reprend pour nous être plus cher

Elle est l’idée, elle est le culte, elle est l’idole,

            Et le verbe qui se fait chair !

C’est son mythe tangible et l’enfant de ses larmes,

C’est son rêve vivant, c’est son œuvre et son bien,

C’est lui, c’est la Minerve auguste et tout en armes

            Qui sort du front olympien !

C’est lui-même, sa chair pétrie avec son âme,

Et lorsqu’il tend ses bras, ses lèvres et son cœur,

C’est toute la beauté du monde qui se pâme

            Sous les baisers d’un dieu vainqueur !

 


Du même recueil :  rondel de l’adieu  ∣  argument   ∣   les plus beaux vers   ∣   le pèlerin


poesie

2016-10-29T09:09:56+00:00
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